4 décembre 2005 – L’homme du train épisode 2

Si le temps me le permet et qu’il monte dans le même compartiment et s’il tient la barre centrale, je la tiendrai aussi et je ferai tomber par accident ma main sur la sienne sinon j’essaierai  avec le sourire.

Du moins, voici le scénario que je me répète depuis une semaine. Je m’en veux de n’avoir rien fait.

Je l’ai fait il y a quelques jours, avec un autre homme. Il était là, me regardait dans le train, je lui ai souri, il en a fait de même. Bon fin de l’histoire, il est descendu et plus jamais revu.

Ce qui est bien avec une vie étudiante en province, c’est le temps que nous passons dans les transports. Je n’avais jamais imaginé observer autant les personnes qui m’entourent. Je regarde, je guette, je surveille.

Hélas, cette fois-ci, malgré ma recherche active, rien de rien. Ce dimanche 4 décembre 2005 ne restera pas dans ma mémoire. Je me dirige vers le métro, tout en jetant quelques regards. Mais hélas, rien de rien, encore.

Dégoutté, je vois le métro arriver sur le quai. Il va me falloir attendre une semaine pour espérer croiser son regard. Triste vie pour un triste homme.

Les personnes sortent et une petit voix me dit regarde loin derrière. Je m’exécute, je n’y crois pas, impossible. Il est là au bout du quai essayant de se frayer un passage. Il faut imaginer la scène, un dimanche soir, un quai rempli d’étudiants avec leurs gros sacs. Des personnes veulent sortir du petit métro lillois et d’autres attendent, là sur le quai.

Je suis content. C’est con, je sais. Mais cet échange de regard, je ne sais pas comment l’écrire, me fait prendre conscience que des hommes me regardent parce que je suis un  homme. Et au fond de moi, je commence beaucoup à aimer ça.

Je finis enfin par pouvoir rentrer dans le métro. La sonnerie retentit. Je sens quelqu’un qui force pour rentrer à la dernière seconde. Ça me soule. Il y a un métro toutes les cinq minutes, il pouvait pas attendre dehors ? Je me retourne, et je le vois, lui, l’Homme du train, lui qui était à l’autre bout du quai, se retrouver là, derrière moi, presque contre moi.

Le métro Lillois est surement l’un des plus petits du monde, donc on est vite les uns sur les autres. Il descend à Hellemmes. Je le sens, derrière moi, grâce aux secousses du métro. Il est sur pneu donc je vous laisse imaginer les nombreuses secousses, sans compter les virages. J’ose le regarder vite fait, en prétextant regarder le plan derrière lui, alors que j’ai le même plan en face de moi.

Je profite, plus que trois stations. Il se colle pour laisser les personnes descendre. Par tous les Dieux possibles, MERCI ! Je suis obligé de me retourner vers lui pour bien m’agripper à la barre. Il fait son timide. Sa joue se contracte laissant apparaitre une petite fossette. Je suis conquis.

Je suis dans mes rêves, loin, très loin de ce souterrain. Hélas, le métro s’arrête et il descend, sans un regard derrière lui. Je reviens à la réalité. Le bruit de la sonnerie retentit, les portes se ferment. Et tout se termine.

Triste mais content en même temps. Quelle fin de trajet. Je n’espérais plus rien et le voilà, contre moi. Je sais, c’est une histoire à l’eau de rose mais je suis un peu comme ça, haut de mes 21 ans. Je découvre enfin cette liberté de pouvoir céder à ce qui m’attire depuis bien longtemps et ça fait du bien. Tout compte fait, cette soirée va rester dans ma mémoire !

 

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